Pourquoi les créateurs ne veulent pas être (vraiment) accompagnés, et ...
comment y parvenir (pour les faire réussir)  ;-)

Nous entendons dans les propos que tiennent nombre d’experts comptables, conseils ou réseaux d’accompagnement que l'enjeu majeur de la réussite entrepreneuriale est la préparation initiale du créateur (quasi toujours ancien salarié).


C’est totalement exact. 


La fable du lièvre et de la tortue est parfaitement d’actualité (Même si la tortue est boostée à l’internet).

 

Ils n’ont de cesse soit de regretter que70 % des créateurs créent seuls, qu’ils voudraient bien leur proposer du bon et l’intelligent, du conseil et de l’accompagnement, de la protection contre les parasites, mais que, ma bonne dame, le créateur ne demande pas ça (il veut des sous et une réponse sur les statuts) et en plus ne veux pas payer…

 

Regardons-nous tous !

Quand donc nous décidons nous à suivre les plans du meuble à monter ? Quand nous voyons que c’est plus dur que le « montage facile » marqué sur la boite non ?

Quand donc décide-t-on à prendre le temps de bien préparer son voyage ? Quand on s'est retrouvé (soit même ou un proche) à Perpette, perdu au milieu des vendeurs à la sauvette non ?

 

Eh bien c’est pareil, les salariés ou anciens salariés entendent tous les média leur vanter les miracles de l’entrepreneuriat, l’Etat valoriser les dispositifs pour travailler à son compte sans paperasserie (mais 10h/jour …) et la pub des grands groupes bancaires ou d’assurance, de conseil, ou de constructeurs d’utilitaires réduisant le geste entrepreneurial à un visite chez eux. Tout ceci sous le vocable flatteur d’accompagnement.

 

Le français créateur part dans son projet avec quelques handicaps et moult opportunités.

Le premier des handicaps c’est lui-même.

Le dernier livre de Claude Posternak ("La schizophrénie de l'opinion française" -Ed. Fauves) explique que le consommateur français fait totalement confiance en la grande distribution pour défendre les prix. Pour bien acheter je fais confiance à mon vendeur ! C’est dire le niveau d’esprit critique ou de conscience de la réalité économique que nous avons….

Il en va de même pour la création.

Le créateur va directement chez ceux dont le métier (tout indispensable soit-il !) est de facturer leurs prestations de conseil, expertise, finance, fourniture, prestations, … ou de justifier leur existence subventionnée. Ces acteurs-ci étant de plus en plus nombreux (rapports Tougourdeau-verdier, Cour des comptes, Mathot) se font une concurrence de folie et, ce qui est bien normal, densifient leur pression publicitaire en chassant de plus en plus tous azymuths. Concurrence oblige…

De toute l’histoire, l’entrepreneuriat n’a jamais en France engloutit autant de budgets de communication par autant d’acteurs.

 

Pourtant de toute cette même histoire, le développement d’activité (donc sa pérennité) n’a jamais été est aussi complexe (c’est ce qui rend excitant d’en débrouiller les fils), les clients jamais aussi volages (c’est ce qui rend magique la réussite d’un bon commercial ou d’une bonne opération marketing), les technologies et lois changeantes (c’est qui valorise une agilité que le salariat de subordination rend souvent difficile).

 

Non ce n’est pas comme en 1970 où il fallait savoir comment gérer des flux d’affaires réguliers. Maintenant il faut savoir comment générer ces flux ou … les détourner de chez le voisin.

Belle énergie créative à valoriser, long financements à lever pour se frayer un passage, compétences aigues à mobiliser…

 

L’entrepreneur est un adolescent.

Il passe de l’enfance salariale, protégé (plus ou moins)  par ses parents, à l’âge adulte où il faut faire passer son engagement avant son plaisir de goûter par la suite à sa liberté conquise.

 

Comme l’adolescent, l’entrepreneur est tout puissant.

Comme l’adolescent, l’entrepreneur veut apprendre par lui-même.

 

Et voilà que dans 90 % des cas le créateur agit en situation de contrainte (licenciement, difficulté à retrouver un job, pression salariale excessive).

Essayez donc d’expliquer à quelqu’un qui n’a pas mangé depuis 5 jours qu’il doit attendre le repas bio de demain.

Non, bien sûr. Tout le monde, moi le premier, prendra le premier plat tendu, fusse-t-il industriel.

 

Voilà tout simplement pourquoi les porteurs de projets ne veulent pas se faire accompagner.

 

- Pour 70% d’entre eux, la simplification de la création (autoentrepreneur en étant la forme la plus aboutie) les poussent à se placer en situation d’apprentissage, 10H/jour, et d’achat de biens et services, à leurs frais, sans tuteur ni formation parallèle (quels parents ou quel syndicat accepteraient cela ???)…

Soyons clairs. Tous ne meurent pas. Il se trouve juste que cette capacité d’apprentissage n’est pas équitablement répartie, quels que soient les diplômes et les milieux sociaux d‘ailleurs.

Le statistiques officielles, depuis 20 ans font état d’une « perte au feu » de plus de de 60 % sur cette catégorie.

- Pour 20 % l’urgence à créer ou la formidable pulsion de tenir le bon projet, les fait succomber aux sirènes des exposants des salons de la création d’entreprise en achetant des prestations d’accompagnement ou de conseil pour le projet, là où une orientation et/ou formation personnelle et professionnelle devrait au préalable être proposée.

- Pour 10% seulement, ils s’entourent, se confrontent et entre dans l’entrepreneuriat par la bonne porte. Non pas celle des aides, du statut, du prévisionnel sous-traité, mais l’entrée dans un cheminement d’apprentissage authentiquement entrepreneurial.

 

L’éducation n’est pas une science exacte, c’est le père qui vous le dit …mais dites-moi donc, au moment de l’adolescence, qui sont, en général  ceux qui sont les plus à même de faire de leur crise, de leurs pulsions de leurs envie, de leurs rebellions, des actes authentiquement créateurs (fussent après quelques erreurs !) ???

Et bien ceux à qui les parents et éducateurs ont donné le plus tôt possible, dès l’enfance les repères pour la vie-vraie, ou la « vie belle » chère à luc Ferry.

 

Voilà, donc comment la création d’entreprise peut concrètement faire vivre vraiment les créateurs.

 

Positionner le plus en amont de la « bascule salariale » (ce moment où on veut quitter, où on est contraint), ce temps de réflexion sur soi et connaissance de la réalité entrepreneuriale dont la réussite repose sur le prise en compte de compétences, culture, posture, savoir-être et situation personnelle (matérielle et sociale) et maturité d’engagement et de risques que tous peuvent appréhender si … le temps de l’inéluctable changement individuel leur est donné.
L’idéal est même que le management antérieur du salarié l’ait de fait permis. On entre ici sur le champs de MOM21.

 

Certes, cela rendrait les créateurs plus vigilants vis-à-vis des renards flatteurs (relisez la fable !) et mieux acheteurs au bénéfice même de leur réussite.

 

La première idée fut de l’intégrer à des dispositifs d’accompagnement existant. Depuis les assises de l’entrepreneuriat force est de constater (les professionnels de ressources humaines le savaient déjà) qu’intégrer cette compétence dans une population de conseillers en création de cursus juridico-comptablo-financier, avec une prédominance de culture publique largement majoritaire, ne peut se faire qu’à la marge de quelques professionnels. Sans compter que les acteurs publics ou para-publics pouvant être concernés sont exsangues des moyens de recrutement et de formation requis… La question du conflit d’intérêt s’est alors posé quand on sait combien chacun des 3000 réseaux d’accompagnement français est soucieux de capter cette clientèle.

 

La deuxième préconisation qui vint à l’esprit fut de rendre le bilan de compétence obligatoire (rapport Tougourdeau-Verdier). Certes une part importante de mauvaise orientation pourrait être évitée au risque de faire chuter des statistiques politiquement flatteuses de la création… Il aurait fallu pour cela que la densité de professionnels en assessment entrepreneurial soit à la hauteur des 500 000 créateurs annuels.... A ce jour la FNPAE évalue à peine à quelques milliers de professionnels en compétences requises dont la certification professionnelle n’est d‘ailleurs qu’à ses débuts puisque le métier officiellement n’existe même pas.  Sachant que se présentent à cette reconnaissance professionnelle ou s’en prévalent au moins 10 000 personnes dont l’expertise ne va en fait souvent pas plus loin que la passation d’un test psychologique ou du feeling, il y a du travail.

 

Les DRH et l’Etat, les régions ont donc un rôle essentiel à jouer en ce sens. Mais … comme cette réalité humaine et professionnelle leur est souvent inconnue c’est bien aux acteurs de l’orientation professionnelle de prêcher cette bonne parole en s’appuyant sur les quelques dispositifs bien en place désormais d’évaluation et d’orientation entrepreneuriale indépendante.

 

Eriger « l’entreprise de soi » en gardienne d’un entrepreneuriat économiquement durable et socialement fertile est à ce prix. Sauf à laisser gonfler encore la bulle entrepreneuriale.

 

Si l’orientation et l’accompagnement à la mobilité salariale et la reconversion (l’outplacement) ont connu en 15 ans une chute drastique des exigences de professionnalité sous la pression à la baisse des financements publics et de la guerre sans merci que se livrent les industriels des RH (se référer aux analyses du SYCFI), l’accompagnement de l’économie de demain doit-elle suivre cette voie ?

 

Comment donc inciter les créateurs, tels des adolescents en crise, à recourir à un accompagnement de qualité pour réussir leur deuxième vie professionnelle ?

 

En dispensant avant même les ruptures professionnelles ou immédiatement après cette espace de 8 heures seulement nécessaire pour effectuer un diagnostic des potentialités entrepreneuriales et une sensibilisation à la posture toute particulière que chacun peut prendre si … il/elle s’en donne les moyens.

Les DRH et dirigeants de PME, vont-ils saisir là l’opportunité de marquer un point sur le terrain si essentiel de la responsabilité sociale ?

Vous, professionnels du développement du Capital humain avez un rôle essentiel à jouer pour que les créateurs recourent désormais de manière professionnelle à l’immense richesse d’accompagnement qui leur est proposé en France.


avril 2016

 

Lire les définitions essentielles de l’accompagnement entrepreneurial 

 



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